Sentinelle

Sentinelle

Humeur Humer Sentine Elle se fige dans son cloaque suintant
Entendre jeudi murmurer
Quelques cris parviennent assourdis vite étouffés dans l’épaisseur de la pierre châtelaine
Cachot où la gargouille stomacale est l’unique compagne d’amertume
Elle se colle sous séquestre et sous le soupirail dans l’espoir de

Oui c’est l’instant
Le soleil-sentinelle fragmente la guipure du grillage allume la mèche
L’oblique rayonnant brûle ses cils Un sirop de coton coule dans sa gorge
La geôle béton se raye poudreuse d’escampette entre les barreaux
Capturer les reflets colorer les murs funéraux
Dénouer le fil de fer du libre-arbitre
Juste jouer à y croire
Juste croire que rêver c’est déjouer.
De ses doigts aveugles l’internée tisse des ailes lumineuses

Ebouriffer le duvet et attendre le filet d’air ascendant
S’éclipser en douceur hors surveillance Entonner le roucoulis d’un gigantesque éclat de rire
L’oiseau verdissant a heurté l’incertitude du soleil
Tombé au sol
Il rebondit vers les rivées tropicales enfin libéré

Instant bousculé
L’astre disparaît dans l’angle nord mort de l’heure évanouie

Otage de ses yeux clos elle replie ses poumons effrayés sous le regard sévère des contrôleurs tubulaires casqués d’abat-jour zingué
Scrutateurs citadelle aux orbites creuses de samouraï ricanant leurs ignobles imprécations béantes dégueulent à griser le ciel
Ces gardes-chiourme préviennent les échappées dantesques, garants d’une stricte uniformité de traversée sans remous sans coups de semonce sans coup de foudre

Mais la vigie n’a su retrouver le phare ni éviter les brisants
Envahie de peine ombre vogue la galère vers les abysses
Dressée sur sa queue de sirène corallienne
Bras large ouverts
La gardienne écumeuse attire ses prisonniers
Clouant en croix les paumes du navire écartelé elle engloutit le squelette craquant
Reprend son inlassable guet livide inexorable juge des innocents

Commence alors la grand-messe sabbatique
Au faîte des promontoires dans les cercles sacrés les veilleurs d’enfer attisent les feux Chevauchent les bois bandés
Chassent le droit chemin viscéral
Contrôlent les passages libertaires libertins Inspectent les ténèbres
Pistent les âmes déviantes dans la brumée mêlant semence de la terre démoniaque à la virginité du ciel embrasé
Hallucinés en transe ils conduisent leurs danses folles
Silence

Des années ont passé peut-être quelques secondes
S’affranchir d’une surveillance

Couvertes de bleus
Sentinelles-esclaves
Au garde-à-vie
Dessinent à contre-tempo les sillons de l’histoire
Sur le sable gisent leur ombre
Leur main aérienne trie un à un les grains du désert
Remplit les failles d’une cellule camisolée

 
Note de l’auteur. Espèce sentinelle. Espèce écho logique dont la sensibilité auditive et visuelle épie les sons poéticopathétiques du prisonnier et sert d’indicateur précoce aux changements d’humeur.

 

Texte  extrait du Point de diable, dans le recueil « Les petites pièces rapportées, Chum Editions  ISBN 979-10-92613-17-9  2014

956 vues au total, 1 vues ce jour

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>