« Des carpes et des muets » d’Edith Masson, aux Editions du Sonneur, ISBN 978-2-37385-041-3. Octobre 2016

Petite note de lecture de« Des carpes et des muets » d’Edith Masson

 

Le roman Des carpes et des muets » d’Edith Masson m’a paru remarquable tout d’abord par le rythme lent et sinueux de l’intrigue, comme une carpe se faufile dans un marécage, glisse dans l’eau trouble, disparaît entre les herbes, se coule dans la vase qui tapisse le fond des canaux.

 

Où sommes-nous ? Dans un village, certes, dont le nom importe peu, mais empreint de régionalisme et de cette chape de non-dits qui caractérise les vases clos.

On y trouve une ambiance glauque et humide, comme un film au ralenti,  hors temps malgré l’utilisation de téléphones portables  qui semblent presque  déplacés dans le contexte. Des personnages aux prénoms désuets et improbables ajoutent à cette désorientation dans l’époque, Polycarpe, Nazaire, Irmine, Basilide, Athanase, Prisque, Phlox…

 

Tous ces habitants hésitent, se surveillent, errent à la recherche de leurs souvenirs sous couvert d’une enquête, un squelette retrouvé  dans le canal qu’ils curent.

La mémoire des uns et des autres, très subjective, très incertaine,  tâtonne.  Les paroles insinuent,  les silences serpentent, les regards dissimulent, chacun se débat avec une sorte de conscience qui fait surface, et le passé remonte du fond, par bribes, avec effort, comme les coups de queue du poisson qui avale de l’air.

 

Le lecteur suit chaque personnage qui  se débat dans son propre questionnement, ses propres démons plutôt que chercher à découvrir la vérité sur le mort, qui n’est peut-être qu’un prétexte au pesant écoulement  de l’intrigue.

 

On suit le fil des mots comme une remontée de canal, un peu à contre-courant, on est envahi par les remugles de l’eau stagnante, boueuse, on craint ce qui flotte et l’invisible, on ouvre la bouche, asphyxié, pris dans les nasses de ces vingt-quatre heures. Et l’auteur nous offre une étude de caractères, sans concession, d’un petit monde qui tente de vivre avec ses failles, ses mensonges, ses possibles.

 

L’écriture poétique d’Edith Masson fait que ce livre n’est pas qu’un roman. Elle excelle dans les descriptions de ces bords d’eau où semblent agoniser les carpes et les hommes, des nuits fangeuses et chaudes qui nous font frissonner, des visages qui bruissent, d’une vie passante, de maison en bistro, de jardin en cimetière, elle nous offre une atmosphère riche de bruits étouffés, de sueur, de peur.

 

«…Sur ce visage qu’il ne lui avait jamais connu, il vit glisser des émotions insoupçonnées comme des poissons à fleur d’eau, sitôt entrevus, sitôt disparus, des pensées fugaces qu’il aurait voulu retenir. Toute une profondeur de vie courait sous ce visage d’ordinaire éteint, et tout le feuilleté d’une conscience dont il ne soupçonnait rien l’instant d’avant s’ouvrait à lui, ravissant son imagination… »p.29

 

On sort de ce livre les cheveux collés au front, les pieds dans le bourbier et un certain malaise dû à l’implacable talent d’ Edith Masson à nous rappeler que nous sommes des êtres humains comme ses personnages.

 

Je recommande vivement la lecture de ce livre.  « Des carpes et des muets » d’Edith Masson, aux Editions du Sonneur, ISBN 978-2-37385-041-3. Octobre 2016

 

 

Eve de Laudec 1/11/2016

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