Vide Grenier

Elle va vendre La Maison.

Elle va faire un Vide-Grenier

La Grande Braderie d’inutilité et de superflu

Le tri dans les habitudes

La Table Rase de l’avant

Ne garder que l’Un portant….

Elle part à l’aventure sous le faîte du toit

Allez, on débarrasse !

Il lui faut se frayer un chemin au milieu de la toile et déloger les centaines d’araignées qui nichent au plafond, sous la tignasse, dans le grand corps de La Maison

Dans l’herbe séchée qui jonche le sol du grenier, détenteur de la mémoire d’une vie, elle sort, pêle-mêle

Des peaux de chagrin abandonnées lors de multiples mues

Ses vieilles dentelles d’art scénique

Les miniatures des moments mauvais qu’on collectionne et qui, curieusement, se sont encore rabougries

Les idées de remords chafouin grisées sous le temps

Les malles en cuir de rhinocéros qu’elle découpait pour s’en faire des culottes de chasteté

Trois petites douleurs pour le prix de deux

Un sentiment poussiéreux et secondaire oublié sur une poutre, ployant malgré tout sous le poids, elle pourra bien le négocier

Des masques africains, des masques africains, des masques africains, oui, il y en a encore et toujours, à chaque détour de mur, ils l’envahissent et l’angoissent car ils ne sont plus apprivoisés, et dans les cantines encore des masques africains, dans les valises, dans les caisses en bois, grands, petits, carrés, pointus, en bronze, en bois, peints, aux cheveux de raphia, recouverts de métal, de cauris, de plumes, armée de visages grimaçants aux yeux vides chargés de grigris grigritants non dégrisés…

Ouf ! Un gros sac de fou-rires qui gigotent encore, celui-là elle l’emporterait bien sur son dos

Des papiers…des lettres ? Non, les Siennes sont sauvegardées, bien à l’abri, dans son ordinateur, on ne les bradera pas,

Non,

des factures d’objets disparus,, des crédits qui l’ont bien débitée et dépitée, des relevés bancaires bancals sur des rayons abaissés, des plans pour agrandir, rénover, changer, grossir, gonfler La Maison, et encore des factures, que d’argent dépensé pour qu’il en reste quoi ? D’ailleurs les souris ont fait de ces parchemins de trente ans par monts et par vaux des napperons ajourés, laissons-les finir leurs points de Calais.

Comment souris, vous faites une overdose ? Qu’à cela ne tienne, une belle flambée sera la bienvenue, pour réchauffer cet été…

Et encore des bulles d’ancienne tendresse flottant entre les solives

La petite robe de baptême de grand-mère, si fine dentelle des siècles, dans sa housse naphtalinée qui devait servir aux enfants jamais présentés aux fonts baptismaux

Un morceau de bois brut sculpté par le temps, ramassé par son hurluberlu de père qui y voyait une femme drapée, une panthère aux aguets ou une corne d’abondance, suivant l’éclairage et le sens qu’on veut bien lui donner

Froissés par le temps, des calinous d’enfants qu’elle déplie avec précaution pour les envelopper dans du papier de soie

Un grand miroir enguirlandé d’arabesques dorées, le haut gauche fendu d’avoir reflété une fulgurante jouissance, le bas recouvert d’enfantines empreintes digitales chocolatées

Deux koras, un djembé, un balafon et son gardien endormi sur sa chaise de repos, senteur mélange de terre rouge, de manioc cuit, de bois bété, de bois bandé, de piment chaud, de sueur aigre

Et puis des couettes, des édredons, des couvertures, des polaires, des pilous, des double-faces hiver-hiver, des châles, des lainages, des flanelles, des duvets, des doudounes, des doudous, des bouillottes, des jamèasséchauds…

Et puis le Temps passé, empilé en fines couches, pâte feuilletée fourrée d’une crème de rires, d’une gelée de bonheur, d’une confiture de joies, d’une mousse de connivence, d’une rangée de dents de lait, gâteau un peu desséché, mais qu’il suffit d’arroser d’alcool des retrouvailles pour le goûter à nouveau

Seul ne figurera pas dans son Vide-Grenier

Le souvenir de sa propre mort qu’elle emportera toujours avec elle

Eve de Laudec

15 août 2010

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1 Commentaire

  1. admin (Auteur de l'article)

    05.10.2012 14:05 docq marc
    Dans ce grenier ,j'y trouve des trésors ,qui font mon bonheur

    13.05.2012 05:51 D Arnaud
    poétique matière à réflexion

    09.05.2012 23:30 Evedelaudec
    Le tri? Je ne sais pas. Nos greniers sont un tout qui forme le souvenir. Merci Ristretto

    09.05.2012 23:16 ristretto
    dans nos greniers, le tien, le mien, et les autres.. le rire et les pleurs, comment faire le tri ? et faut il le faire .. j’aime toujours autant merci

    Répondre

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