Ainsi font…

couverture

Jacques Flament Editions – ISBN : 978-2-36336-301-5
PAGES : 80 – FORMAT : 210 x 210 – PARUTION : 02/2017
COLLECTION : Images & mots – PRIX : 20 €

Composé avec le photographe Bruno Toffano

Préface d’Angèle Paoli

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4ème de couverture extrait de la préface

mains-dos flyer

Note de lecture mars

par Marie-Hélène Prouteau pour Terres de Femmes N° 148 mars 2017  http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/201703.html

Voici un livre des éditions Jacques Flament qui consacre la rencontre de deux artistes, celui qui saisit les émotions par les images, celle qui les exprime par les mots. Ève de Laudec, Bruno Toffano. Une alchimie placée sous le signe des mains, de leur danse pleine d’humanité sensible qui nous fascine à l’aune de chaque regard.

Dans sa belle préface, la poète Angèle Paoli évoque les « vers ciselés d’Ève de Laudec pour dire son plein accord. Musique des mots/tempo tendu de l’image. De cet écho harmonieux naît un livre, miroir de l’âme de la poète et du photographe. Âmes sensibles sensuelles, dont les harmoniques ténues poursuivent en nous leur chemin : “On entend le silence/À son frémissement” ».

Car tout est silence, comme l’écrit Ève de Laudec, dans le langage immédiat des mains qui concentrent tendresse, émoi, peine, grâce, pudeur, solitude. Ainsi, un tournoiement de tissu, une robe flottante et deux mains. Une manière, pour l’objectif photographique, de suspendre les instants dans un geste, une attitude. Un rien, toute une histoire déjà, et, en écho, ces vers :

« Que s’épousent nos âmes

À l’effleure satin

Du subtil jeu de paumes »

Devant ces matières séculaires que pétrissent les mains, bois, herbe, eau, épis de blé, glaise, on a le sentiment d’être chez nous. Toutes les matières du monde sont saisies dans la beauté du noir et blanc des photographies. Gros plans pris sur le vif et dans le silence, des mains s’avancent, secourables, besogneuses, ou solitaires. Elles accueillent leur poids de joie, de chagrin, font don à autrui, ouvrent un espace de mystère et de rêve : une danse orientale, un sculpteur breton, les menottes d’un enfant, un corps nu, des mains négatives en graffiti sur un mur.

Cela réveille les correspondances, les analogies. Les mains se font fleurs, conques, au creux des paumes serrées qui retiennent l’eau :

« De ses orbites creuses

Jaillit accidentée

La poésie saline

Et les mains en ciboire

Accueillent ses marées »

Plus loin, un grillage, des mains serrées, un drame peut-être, éloignement, douleur, impuissance à peine suggérés.

Toucher, fouiller, tordre, enserrer, effleurer, caresser, autant de gestes des paumes, des doigts. Jusqu’à cette main d’enfant saisie par le photographe dans un magnifique élan de lumière et qui s’ouvre, émouvante, au monde :

« Des impatiences poétiques lui poussaient

Au bout des doigts »

Des réminiscences invitent à retrouver le refrain d’enfance « Ainsi font… », celui-là même du titre du livre.

Peu de mots et tout un monde. Car les mains, muettes, disent beaucoup. Elles disent tout de l’être, son épaisseur, alors qu’elles ne sont que partie. Tout ce qu’on imagine, tout ce que l’on pressent de lui, que l’on entrevoit à peine ou que l’on n’entrevoit pas du tout. Économie, concision sont le parti-pris des deux artistes en communion. Tact, tendresse d’un toucher, au sens fort. Un rêve que cette main qui s’avance et qui effleure. Mystère de la relation à autrui. En lisant les mots de la poète, on pense à l’énigme de la caresse de Levinas :

« À tes poignets cambrés

À tes paumes ouvertes

Au calice du jour

Au rire de tes dents

Le soleil s’offre

En amant »

Ailleurs, on suit l’ardeur de ces doigts à l’ouvrage, l’haleine, la sueur, la chair « cramponnée, arrimée/Au bois flotté/Au bois dormant ».

Ainsi la main du saint de granit sculptée par David Puech :

« Entailler ta roche

Au burin des amours

À la râpe des passés

À l’étreinte des doigts »

La force de cette création en duo, à la croisée de l’écriture et de la photographie, est dans sa capacité d’appréhension des émotions les plus ténues qui surgissent dans leur apparente simplicité. Ève de Laudec et Bruno Toffano ont réussi le défi d’une poésie pleinement chaleureuse dans sa présence vive au monde.

Marie-Hélène Prouteau
D.R. Marie-Hélène Prouteau
pour Terres de femmes

 

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Lecture de Marianne Desroziers

 

 

« Ainsi font… » d’Eve de Laudec et Bruno Toffano est un beau livre paru il y a quelques semaines chez Jacques Flament Editions où poèmes et photographies en noir et blanc se répondent autour du thème des mains. Plus qu’une illustration des textes par les images ou des images par les textes, il s’agit d’un subtil jeu de correspondances au service de l’éloge des mains et de leur langage universel.

Mains pour caresser

Mains pour créer

Mains pour jouer

Mains pour nourrir

Mains pour secourir

Mains pour donner

Mains pour recevoir

Mains pour accueillir

Mains farinées du boulanger jusque sous les ongles

Mains donnant vie à la terre du potier

Mains délicates de la danseuse

Doigts agiles du guitariste

Minuscules doigts d’enfants

Paumes froides et sèches des statues

Très vieille main caressant un chat

Mains se faufilant à travers des barreaux

Des mains, vous en découvrirez bien d’autres encore dans ce très joli livre qui s’ouvre par une préface inspirée de la poétesse, critique littéraire et éditrice Angèle Paoli.

Les poèmes courts et ciselés d’Eve de Laudec savent ne pas en dire trop et laisser de la place au mystère et au silence. Deux extraits pour illustrer mon propos :

« Des impatiences poétiques lui poussaient

au bout des doigts

Dans l’espoir d’un envol papillon »

« Entailler ta roche

Au burin des amours

A la râpe des passés

A l’étreinte des doigts

Ciseler en dentelle

Ta chair minérale

Et sa fragilité

Voir éclore le jour »

 

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